Le cimetière orthodoxe

Il est situé tout au bout d'une impasse, dans le quartier de Caucade à l'ouest de Nice. Il passerait presque inaperçu comparé au cimetière municipal qu'il domine.. 

   Empruntez la petite impasse au 78, avenue Sainte Marguerite, dépassez le cimetière britannique pour arriver devant l'entrée du « cimetière russe » de Nice. Deux cimetières dans la même impasse pour un symbole historique. Les Anglais ont été les inventeurs du tourisme sur la Riviera, mais, les Russes vont de leur côté, largement faire connaître la Côte d'Azur à travers le monde.

    Une première église orthodoxe russe est inaugurée en 1860, rue Longchamp. Cette paroisse souhaite avoir un cimetière orthodoxe à Nice pour répondre à la demande de la communauté russe de Nice qui ne cesse de grandir. Cinquante deux familles vivent à Nice en 1850 et deux cent quatorze en 1860.

   En 1783, le roi de Sardaigne interdit d'enterrer les défunts à l'intérieur des églises ou à proximité comme on le faisait depuis le Moyen Age dans toute l'Europe. On crée alors un cimetière sur la colline du Château à côté du carré juif. Des nécropoles sont ouvertes dans différents quartiers de Nice comme l' immense cimetière de Caucade en 1869 à l'ouest de Nice. Ce secteur de Nice est rural et offre beaucoup d'espace disponible. La communauté britannique y ouvre son cimetière en 1864.

   L'arrêté préfectoral du 4 août 1866 autorise la création du cimetière orthodoxe et l'église Saint-Nicolas-et-Sainte-Alexandra achète à la famille Roux un terrain situé juste au dessus du cimetière anglican. Une autre parcelle sera acquise à la fin du 19ème siècle. 

   Le cimetière est inauguré en 1867 et devient le lieu de sépulture des résidents permanents orthodoxes de Nice.Des défunts inhumés au cimetière du Château y sont rapatriés.  Pour en faciliter l'accès, un droit de passage sur le chemin qui dessert le cimetière anglican est accordé à la communauté orthodoxe par les Britanniques en 1887.

  C'est un véritable livre d'histoire à ciel ouvert sur une période de deux siècles  avec des personnalités qui ont jalonné l'histoire de la Russie et qui ont laissé de nombreux témoignages de leur présence sur la Côte d'Azur. On y trouve des membres importants de la noblesse, des généraux et officiers de l'armée du tsar, des écrivains, des artistes, des scientifiques, des figures influentes de la société russe exilée en France, ainsi que de nombreux inconnus. Toutes ces personnes sont d'origines géographiques très diverses (Russie, Ukraine, Pays Baltes, Caucase, Arménie, Géorgie...), qui témoignent du caractère très cosmopolite de l'empire des tsars. Sont également présentes d'autres nationalités de défunts de confession orthodoxe comme des Grecs, des Roumains, des Albanais...

   En 1917, tout bascule, l'empire russe disparaît et ces bouleversements provoquent l’exode massif de millions de gens. Beaucoup arrivent en France, pays qu'ils connaissent bien et dont ils parlent souvent la langue. Certains souhaitent revenir sur la Côte d'Azur qu'ils fréquentaient avant la première guerre mondiale. Leur nouvelle vie est alors bien différente car la plupart doivent trouver un travail pour survivre.

   Le cimetière orthodoxe permet à ces exilés de retrouver loin de leur patrie une terre consacrée où ils peuvent être enterrés.

   La paroisse décide en 1930 de créer une tombe commune pour faire face aux nombreuses demandes des familles d'avoir des places gratuites au cimetière. Cette tombe « fraternelle » de quatre cents places se trouve derrière la chapelle. 

   Ce cimetière compte environ neuf cents sépultures et près de trois mille personnes y sont enterrées. Il est géré par l'association cultuelle A.C.O.R qui s'occupe également de l'église Saint-Nicolas-Sainte-Alexandra située rue Longchamp à Nice. Il est le plus important cimetière orthodoxe français après celui de Sainte-Geneviève-des-Bois situé en Essone. 

   Vous êtes invités à une promenade, au fil d'un temps qui n'est pas toujours chronologique, à la découverte des différentes personnes enterrées dans ce cimetière.